LA THERAPIE DE COUPLE

Il y en a de plusieurs natures, notamment psychanalytiques, systémiques et comporte-mentales, voir aussi analyse systémique et théorie  systémique.  La thérapie familiale systémique considère les troubles psychologiques et comportementaux du membre d’un groupe comme un symptôme du dysfonctionnement du dit groupe (généralement la famille). Elle implique donc un traitement du groupe et une participation de tous ses membres. Elle a en général les faveurs des services d’aide sociale mais est difficile à mettre en œuvre. Pour autant, la lecture systémique des situations cliniques peut apporter un éclairage différent et complémentaire des autres analyses cliniques, parfois particulièrement utiles dans les situations bloquées, ce qui permet d’augmenter le nombre de choix des patients comme des thérapeutes.
 
Parmi les thérapies familiales de différentes natures, il y a les thérapies systémiques familiales élaborées par Paul Watzlawick, Donald D. Jackson et les autres dans une approche écosystémique. Jay Haley a contribué par des interventions inventives, surprenantes et  paradoxales.
 
Les thérapies systémiques familiales sont des pratiques enveloppées par un enchevêtrement de théories cybernétique, sémiotique et systémique. Elles sont cybernétiques en interprétant un comportement « anormal » comme parfaitement adapté ou « normal » à un contexte et  un environnement qui, eux, sont « anormaux ». Ainsi, par exemple, la « schizophrénie » considérée comme une maladie incurable et progressive de l’esprit d’un individu est complètement différente de la « schizophrénie » considérée comme la seule réponse possible à un contexte où la communication est absurde et intenable. Elles sont cybernétiques en intervenant non pas exclusivement sur le « malade » déclaré, mais sur l’environnement et le contexte « malades », au niveau supérieur de la gouverne ou de la commande. Le thermostat du chauffage central domestique est un exemple illustratif électromécanique banal et trivial de la distinction des niveaux entre les attitudes et les aptitudes, entre les règles d’interaction et les interactions, c’est-à-dire entre les règles de conduite et les comportements.
 
Le changement de la température affichée en tournant la roulette commande le changement du comportement des éléments de chauffe qui oscillent autour de cette température affichée où le thermostat commande l’allumage ou l’extinction des éléments de chauffe lorsque la température indiquée par le thermomètre est inférieure ou supérieure à celle affichée.
Ces thérapies systémiques familiales sont sémiotiques en interprétant le comportement humain comme communication des signes, signifiants et significatifs, dans un contexte et considèrent les deux termes, communication et comportement, comme étant pratiquement synonymes. Toute communication suppose un engagement dans une relation et définit par là et en même temps la manière dont les communicants conçoivent, souhaitent ou exigent et voient cette relation. Toute communication, alors, présente deux aspects: le contenu et la relation, tels que le second enveloppe le premier et, dès lors, est une métacommunication située au niveau supérieur dans une hiérarchie de type logique, de contrainte ou de complexité. Dans l’intervention, elles attachent la plus grande importance à re-cadrer une relation, en lui attribuant d’autres significations et valeurs, de telle manière qu’elle apparaît totalement différente.
 
Ces thérapies familiales sont systémiques en prenant en compte, dans l’interprétation et dans l’intervention, la totalité des relations entre les niveaux de comportement ou d’ordres de réalité et entre le « patient » désigné et les autres membres de la famille et du groupe social. Même si le patient ne veut pas assister aux séances de thérapie familiale, la modification de la dynamique interactionnelle familiale, grâce à l’influence active opérée sur le comportement des autres membres de la famille, peut conduire à une amélioration considérable chez le patient qui, rappelons-nous, n’est que l’expression ou le symptôme des relations pathogènes dans la famille.

Les thérapies systémiques familiales sont centrées sur la formation du problème et considèrent les manifestations cliniques comme des aspects des processus en cours dans le système interactionnel du « malade », en contraste à l’importance accordée par les psychodynamiques aux événements marquants du passé. Cette approche postule que la détresse psychologique et les symptômes résultent de la mauvaise « gestion » des événements marquants ou de « perturbations » intervenant dans ce système familial. Une symptomatologie aiguë peut refléter une exacerbation de difficultés initiales résultant des tentatives bienintentionnées, rationnelles et raisonnables, mais inappropriée, mises en œuvre par le « malade » lui-même et son entourage.

Le cas type de ces tentatives bien intentionnées est la multitude de conseils donnés à une personne déprimée qui ne font que renforcer et enraciner sa dépression, comme le bègue qui bégaie de plus en plus à force d’avoir peur de bégayer et l’insomniaque qui dort de moins en moins à force d’avoir peur de ne pas dormir. Les tentatives bien intentionnées, rationnelles et raisonnables seraient d’encourager l’un de parler lentement pour ne plus bégayer et l’autre de se reposer et ne penser à rien pour dormir. Dans ces deux cas de figure, le traitement paradoxal de ces thérapies consiste à prescrire le symptôme en demandant au bègue de bégayer encore davantage et à l’insomniaque de surtout ne pas dormir. Le traitement paradoxal est une des armes de l’arsenal des thérapies systémiques familiales pour lutter contre ces tentatives rationnelles et raisonnables.
 
L’exercice thérapeutique est essentiellement centré sur les tentatives de résolution déjà faites, sur ce qui a été déjà entrepris pour traiter les difficultés du « malade », plutôt que sur les difficultés elles-mêmes. Comme l’explication cybernétique est dite « négative » par rapport à l’explication causale dite « positive », ce travail thérapeutique est « a contrario  » après l’observation de ce qui n’est pas et des « terribles simplifications », comme dans la dépression, le bégaiement et l’insomnie. Il s’agit, alors, de prendre des mesures pour empêcher le maintien, le développement et la reproduction des comportements qui entretiennent le problème et de recadrer ou redéfinir celui-ci, ainsi que les buts que se sont fixés les personnes impliquées dans ce problème et les points de vue qu’elles ont jusqu’alors adoptés. Ce qui peut provoquer chez elles des comportements complètement différents.
 
Ces « terribles simplifications » se rapportent au couple action-réaction où pour résoudre ou « neutraliser » un problème, il suffit de faire intervenir son contraire et, par là, d’avoir de plus en plus de la même chose. La « prohibition » de l’alcool des années 20 aux États-Unis n’a pas résolu le problème de l’alcoolisme et, au contraire, a créé un problème plus grave de crimes organisés en « gangs » qui ont décomposé et corrompu de larges secteurs de l’administration publique. Un simple interdit ensevelit une difficulté mineure sous un problème majeur qu’il crée. La vie familiale et l’éducation des enfants fournissent une multitude d’exemples. Un traité spécifique ne saurait couvrir en entier ce sujet de l’éducation des enfants et de la vie familiale. Il suffit de démonter le dispositif de la formation du problème.
 
La formation du problème suit une partition à deux voies. L’une est l’ignorance du problème, aussi bien dans la signification française de « ne pas savoir » que dans la signification anglaise de « ne pas vouloir savoir », et ceux qui veulent le révéler sont taxés de « malveillants » ou « calomnieux ». L’autre est les tentatives inappropriées de le résoudre dans les « terribles simplifications ». La voie de l’ignorance permet au problème de se développer et de s’envenimer tout seul, en soi, et celle des tentatives inappropriées l’aide à s’aggraver. En effet, dans ces terribles simplifications, le problème et sa solution, dans son contraire, sont dans une interaction symétrique en escalade ou en surenchère, comme l’escalade de la course aux armements où un bouclier plus épais conduit à une flèche plus puissante et celle-ci à un bouclier plus épais et comme la surenchère des vantardises où un exploit imaginaire extraordinaire chez l’un amène l’autre à présenter un exploit imaginaire aussi extraordinaire, sinon plus.
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